Tiré de l’ouvrage de Dzogchen Ponlop Rinpoché

 Bardo de cette Vie - Sagesse Transcendante

Définition

Le Bardo de cette Vie est l’intervalle entre le moment de la naissance et la rencontre des conditions conduisant à la mort de l’organisme.

Question d’apparences

Dans le Bardo de cette Vie, nous rencontrons un dilemme de taille, en effet, notre Esprit est persuadé qu’il existe en tant que « MOI distinctif», séparé des autres, permanent et inaltérable. De l’autre côté, il y a le monde extérieur, perçu comme un objet réel et solide. C’est la perspective dualiste de la réalité! D’un côté, il y a un Sujet qui perçoit et de l’autre un Objet perçu, les deux étant considérés comme réels et existant séparément. Pourtant, il ne s’agit là que d’apparences. De fait, puisque les objets et les êtres viennent à disparaître un jour, d’un point de vue relatif, nous dirons qu’ils sont impermanents, donc dénués d’existence inhérente, i.e. pouvant exister par eux-mêmes. En effet, un objet ou un être ne peut naître que s’il y a des causes et des conditions qui lui sont favorables. Donc la myriade d’apparences observées dans notre monde, est produite par une myriade de causes, influencée par une myriade de conditions. Dans la perspective bouddhiste, le terme « Apparence » possède une signification très  importante. Une apparence  se définit comme étant une mise en situation observée par l’Esprit. Or, tous les rapports que nous avons avec l’Esprit sont filtrés par des Consciences sensorielles, des pensées, des émotions et des habitudes, associés à autant de mécanismes psychiques ou psychomoteurs. Notre Esprit n’a jamais un contact direct avec les phénomènes qui se présentent devant lui, mais seulement avec leurs apparences. Somme toute, l’Esprit ne serait rien d’autre qu’un télé- spectateur, capable de télé-commander, à travers une multitude de filtres, une entité physique, dans laquelle il réside, temporairement. La notion d’apparence est, ici, primordiale, car comprendre le jeu des apparences, c’est mieux saisir comment on perçoit le monde autour de soi et pourquoi on le voit d’une certaine manière, plutôt que d’une autre. Cette compréhension nous sera fort utile, notamment, dans les bardos après la mort. Rencontrant, dans ces états, des situations inusitées, invraisemblables, nous saurons alors qu’il ne s’y passe véritablement rien de réel, que nous n’avons rien à craindre. Dans cette optique, peu importe le bardo, il devrait être plus facile de nous libérer de la souffrance qui lui est potentiellement associée, puisqu’elle n’existe que dans notre Esprit. La mort est une expérience de l’Esprit! Quand nous maîtrisons cet Esprit, nous contrôlons nos pensées, nos émotions et nos perceptions. De fait, après la mort, des apparences continuent à surgir dans notre Esprit. Nos réactions éventuelles à ces apparences dépendent de notre compréhension de leur vraie nature. Plus nous développerons, dans cette vie, les qualités d’attention, de vigilance, de pleine conscience, plus notre Esprit deviendra stable, contrôlable et gagnera en Sagesse et en Équanimité. Si nous acceptons la relation Apparences - Esprit, telle qu’envisagée ci-haut, et la câdrons dans une perspective de voyage initiatique, l’objectif ultime de chaque Bardo sera de remplacer les apparences erronées par des apparences pures, c’est-à-dire remplacer les apparences, telles que perçues par des êtres ordinaires, en apparences, telles que perçues par des Êtres réalisés. La différence entre ces deux formes de perception se résume au fait que les Êtres réalisés ont compris ce qu’était la véritable Nature de leur Esprit. Comment y parvenir à notre tour? Voilà une bonne question!

Sagesse  ou Prajna

Selon les Enseignements Bouddhistes, le moyen le plus efficace pour y parvenir est de développer la Sagesse Primordiale, ou Prajna (en sanskrit). Il y aurait deux sortes de Prajna : a) la Prajna Mondaine : qui se traduit par notre compréhension du monde relatif dans lequel nous vivons, via nos connaissances et les expériences accumulées; b) la Prajna Transcendante : qui découle de la compréhension du fonctionnement ultime des phénomènes, i.e. de la saisie de leur Vacuité ou de leur existence illusoire. La Prajna qui nous intéresse, plus particulièrement, est la Sagesse Transcendante. Atteindre ce niveau de Sagesse, apparaît être la principale motivation de toute démarche spirituelle. Or, cette Sagesse est innée à notre Esprit, elle ne s’ajoute pas, mais se révèle spontanément. Comment déterrer ce joyau enfoui profondément dans l’Esprit humain? Comment découvrir sa véritable nature? La Tradition, de répondre : en développant les trois Prajnas, soient : a) la Prajna de la Compréhension : par l’étude des enseignements du Bouddha et de leurs commentaires, rédigés par des maîtres reconnus; b) la Prajna de la Contemplation : par la réflexion, le mûrissement de ces enseignements et de leurs commentaires; c) la Prajna de la Réalisation : en méditant systématiquement sur ces enseignements.

Étapes conduisant à la Sagesse Transcendante

Examinons chacune de ces étapes!

Étape 1 : Compréhension des Enseignements

Le Bouddha a laissé, semble-t-il, quelque  84 000 enseignements regroupés en trois catégories appelées corbeilles. Il y a la corbeille des Discours courts ou Sutras; celle des Discours plus élaborés et celle des Règles de conduite. Si nous y ajoutons tous les commentaires pertinents que des maîtres érudits ont écrits sur divers aspects de ces enseignements, au cours des siècles, nous obtiendrons un corpus de connaissances assez considérable. Certes, point n’est besoin d’assimiler toutes ces connaissances, mais encore faut-il développer une compréhension juste des vérités fondamentales, incluses dans ces Enseignements, dont celles portant, notamment, sur : les quatre nobles vérités, les conditions interdépendantes, la loi du karma, le non-soi …  sans oublier celles touchant les raisons de la souffrance et les moyens de s’en libérer. Développer une certaine Sagesse, en assimilant l’Enseignement du Bouddha, présuppose la présence d’un Esprit ouvert et délié; la démonstration d’une intention pure et bienveillante envers Soi et les autres, ainsi que le développement d’une attitude positive et libre. Étape 2 : Contemplation des Enseignements Il s’agit d’une mise à l’épreuve, d’une remise en doute du Dharma. Par exemple, méditer en profondeur sur certaines phrases, comme : « Tout est souffrance! », ou encore, sur certaines expressions du genre : « Le vide est forme, la forme est vide. » ou toutes citations tirées de sutras particuliers.   Le résultat attendu de ces contestations des Enseignements, c’est de développer une attention diligente, une perspicacité continue devant des événements vécus extérieurement, tout comme celui d’assurer une vigilance constante aux processus intérieure, d’où la réalisation  d’une pleine conscience en tout temps. Un Esprit pleinement conscient de ce qui lui arrive est un Esprit prudent, avisé, imperturbable, capable de réagir avec doigté, lucidité et sagesse, en tout temps, peu importe les évènements rencontrés.

Étape 3 : Réalisation des Enseignements

Réaliser le but poursuivi par le Bouddha dans ses Enseignements, c’est de réaliser ce qu’est la véritable Nature de l’Esprit; c’est d’atteindre la libération totale du samsara; c’est de réaliser l’état d’Éveil! Pour atteindre l’Éveil, le Bouddha a pratiqué deux méthodes de méditation particulières : a) la méditation du calme mental, appelée Shamatha; (en sanskrit); b) la méditation de la vision supérieure, appelée Vipashyana; (en sanskrit). La maîtrise de la première est recommandée avant d’aborder la seconde!
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